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Guet-apens

D’abord, les employés des bibliothèques bernoises, sournois gardiens de surprenants ouvrages, procèdent toujours au retour de vos emprunts avec une suspicion qu’il conviendrait d’appeler grotesque. Ensuite, bien que souvent vous remplissiez votre panier de bijoux littéraires, il arrive que vous tombiez sur une tomme pourrie. J’ai moi-même été confronté, parfois, à ce sentiment insupportable de déception mêlé de rage. Mais revenons sur les antres qui les abritent. L’un des plus importants est un ancien entrepôt à grain, dont l’impressionante hauteur de plafond permet les plus audacieux stockages aux plus agiles archivistes. La contrepartie d’une telle organisation est évidente : Les échelles sont à la mesure de l’édifice, et il faut se montrer particulièrement téméraire (ou inconscient), pour s’exposer à une chute potentielle de plusieurs dizaines de mètres, et dans l’unique but de contrôler la médiocrité des romans de Michelle Huilebeck. Vous l’aurez compris, les livres sont ici classés non pas alphabétiquement, mais qualitativement. Cette mesure évite aux personnes de bon goût le désagrement d’un accident gravitationnel, tout en donnant aux autres la possibilité de se rompre le cou. Le second sanctuaire communal se situe dans les sous-sols de l’université. Les dangers y sont infiniment moindres, mais quelques étudiants fribourgeois organisent, de temps à autre, des embuscades machiavéliques : Entre deux rangées, il préparent une fondue (mi-gruyère mi-vacherin) qu’ils vous invitent à partager. Transi par la saveur de ce mets incomparable, vous ne réaliserez pas que les quantités d’alcool (Fendant du Valais, acheté en action chez un célèbre discounter) que vous ingurgiterez sont bien au-delà des normes fédérales. Résultat : Vous chercherez des heures une sortie qui vous sera alors inatteignable, puis vous vous endormirez lourdement, avant qu’un agent de securité ne vous fiche à la porte au petit matin, la tête embrumée. Bref, ce petit mémo à l’attention de lecteurs installés recemment dans notre belle ville prendront les precautions nécessaires quant aux visites qu’il pourraient faire à nos lieux de lecture. Cela étant dit, l’amateur de jupons - ou l’amatrice - se moquera de ces avertissements. Rencontrer la jeune femme chargée du rangement de l’aile ouest du quatrième sous-sol est un délice justifiant à lui seul la prise des risques mentionnés ci-dessus.

~ par thorkelsigurdsson sur novembre 10, 2007.

3 Réponses to “Guet-apens”

  1. “Cela étant dit, l’aficionado de sexe masculin se moquera de ces avertissements” : Ha ?
    “Rencontrer la jeune femme chargée du rangement de l’aile ouest du quatrième sous-sol est un délice justifiant à lui seul la prise des risques mentionnés ci-dessus” : Ha oui…
    Donc la masculinité découle de la seconde phrase… Vous recherchez votre inspiration chez Huilebeck mon ami ?
    )=

  2. Ha, c’est mieux !

  3. J’attends la suite…

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