Hommage

J’ignore la terre. Il arrive que je la regarde, que je l’approche, lorsque les plus hauts arbres qui la jonchent projettent leurs lourdes branches à ma portée. A ces instants, je saisis parfois le regard de créatures liées inéxorablement au sol, à la masse fossile et hétérogène qui reçoit une partie du monde. Ces spectateurs anonymes m’envient ou me méprisent, m’idolâtrent ou me haïssent. J’ignore la terre. Je la quitte et la rejoint, au gré des vents qui m’assistent. Mes voyages sont infinis et mes trajets imprévus. Mes destinations intolérables. Je survole les innombrables artéfacts tectoniques sculptant l’univers, aplanis par l’immense fluide dorée qui les recouvrent. Ils sont invisibles, mais je connais leur existence, mon instinct les désigne totalement. Je ne suis pas seul, et nous nous ressemblons. Les autres sont aussi solitaires. Notre dérive est aussi lancinante que nos vies. Comme nous avons oublié nos origines, nous oublions aujourd’hui les lieux où nous n’arrivons jamais. Notre histoire se répète, depuis son aurore, et se répètera jusqu’à son impitoyable épilogue. Nous aurons peuplé le ciel de nos ailes fabuleuses. Nous ignorons la terre.

~ par thorkelsigurdsson le septembre 19, 2007.

Une réponse to “Hommage”

  1. Le voyageur solitaire pose son pas
    Quémande du soutien pour son corps las
    S’appesantit pour trouver son équilibre

    Il la rejette,
    Elle est là
    Il la condamne
    Elle le propulse

    L’assise de l’explosion est sous tes pieds
    Elle te protège et t’expose
    La terre fertilisé ta destinée

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