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Tragédia dos olhos

 A hora certa escapa-me antes a chegada do sol. Agora, seguindo a efervescência luminosa que ele destila no horizonte, adivinha-se sua distância. Eu me aproximei devagar, ladeei as línguas apressadas das sacas, senti a transparência salgada delas nos meus pés endurecidos. Perto dos rochedos, observei a ondulação submergindo-lhes a cada passagem de cada movimento do mar, forçando-lhes a correr, a cada momento de parar. As ondas começam aqui. A ponta do Arpoador faz-lhes voltar, de leste a oeste. Estou ainda mais profundamente ancorado na costa. A areia saturada agarra-me tanto que ela absorve-me. Espero o levantamento das águas pra me libertar e ir ter com eles, enquanto a atmosfera deixa-se tingir de azul. Cada passo no mar afasta-me mais dos homens, até que eles cessam, no momento imprevisto em que o fundo desaparece. Dispersado por suas correntes, vencido por suas maxilas potentes e efêmeras, eu consigo, no termo duma confrontação inútil, convidar-me nas fronteiras, levantado, deixado, levantado. Elas rebentam, alguns metros atrás de mim. Um vento de terra resiste em vão; ele se curva muito pouco, e arranca aguaceiros multicolores. Recebo essa chuva atlântica como a carícia duma mão apaixonada no rosto. Inofensiva. Salutar. Minhas costas embriagam-se dos primeiros raios; finalmente. Lembro-me do tempo que passa. Respondo ao convite das ondas pra encontrar a idéia do sabor amargo do solo. Não há nem entrada, nem saída. A escala humana não aceita nenhuma finalidade, o mundo também não.

Guet-apens

D’abord, les employés des bibliothèques bernoises, sournois gardiens de surprenants ouvrages, procèdent toujours au retour de vos emprunts avec une suspicion qu’il conviendrait d’appeler grotesque. Ensuite, bien que souvent vous remplissiez votre panier de bijoux littéraires, il arrive que vous tombiez sur une tomme pourrie. J’ai moi-même été confronté, parfois, à ce sentiment insupportable de déception mêlé de rage. Mais revenons sur les antres qui les abritent. L’un des plus importants est un ancien entrepôt à grain, dont l’impressionante hauteur de plafond permet les plus audacieux stockages aux plus agiles archivistes. La contrepartie d’une telle organisation est évidente : Les échelles sont à la mesure de l’édifice, et il faut se montrer particulièrement téméraire (ou inconscient), pour s’exposer à une chute potentielle de plusieurs dizaines de mètres, et dans l’unique but de contrôler la médiocrité des romans de Michelle Huilebeck. Vous l’aurez compris, les livres sont ici classés non pas alphabétiquement, mais qualitativement. Cette mesure évite aux personnes de bon goût le désagrement d’un accident gravitationnel, tout en donnant aux autres la possibilité de se rompre le cou. Le second sanctuaire communal se situe dans les sous-sols de l’université. Les dangers y sont infiniment moindres, mais quelques étudiants fribourgeois organisent, de temps à autre, des embuscades machiavéliques : Entre deux rangées, il préparent une fondue (mi-gruyère mi-vacherin) qu’ils vous invitent à partager. Transi par la saveur de ce mets incomparable, vous ne réaliserez pas que les quantités d’alcool (Fendant du Valais, acheté en action chez un célèbre discounter) que vous ingurgiterez sont bien au-delà des normes fédérales. Résultat : Vous chercherez des heures une sortie qui vous sera alors inatteignable, puis vous vous endormirez lourdement, avant qu’un agent de securité ne vous fiche à la porte au petit matin, la tête embrumée. Bref, ce petit mémo à l’attention de lecteurs installés recemment dans notre belle ville prendront les precautions nécessaires quant aux visites qu’il pourraient faire à nos lieux de lecture. Cela étant dit, l’amateur de jupons - ou l’amatrice - se moquera de ces avertissements. Rencontrer la jeune femme chargée du rangement de l’aile ouest du quatrième sous-sol est un délice justifiant à lui seul la prise des risques mentionnés ci-dessus.

“C’est pour offrir.”

Un jeune homme timide, qui habitait une très grande ville, s’y sentait aussi souvent seul, parce que les gens qu’il voyait chaque jour lui semblaient être bien importants, en tous cas plus que lui, et parce que même les chats de l’immeuble, en passant sur son balcon, avaient l’air trop pressés pour faire attention à lui. Seuls les pigeons, et en fait seulement certains, prétendaient fuir le rebord de la fenêtre de sa cuisine, lorsqu’ils l’apercevaient, pendant qu’il préparait les pâtes au beurre qu’il aimait tant. Un jour, alors qu’il remontait les marches qui menaient à son appartement, il ramassa un lys à peine ouvert, sans doute tombé du panier d’un amoureux ou d’une ménagère. Ne pouvant se résoudre à le jeter, il lui dénicha une sorte de vase, qu’il remplit à moitié, et l’installa au milieu de son petit salon. C’est ainsi, qu’en peu de temps, le rose délicat de la fleur, la blancheur parfaite de ses extrémités, sa senteur discrète mais affirmée, lui firent réaliser que l’accomplissement de la beauté, même sous cette forme végétale, et bien plus encore réalisé avec son concours, pouvait le remplir de cette chose indéfinissable qui lui manquait tant, et qu’il ne soupçonnait absolument pas. A partir de ce moment, il se rendit chaque semaine au magasin du quartier, d’où il ramenait glaïeuls, tulipes et tournesols, bien que son choix le plus fréquent demeura les lys. Les mois passèrent ainsi et son amour pour les fleurs allait toujours grandissant, mais un détail l’ennuyait, quelque chose qui demeurait d’abord imperceptible, et qui prit ensuite une envergure considérable. Malgré les brèves paroles qu’il échangeait avec la fleuriste, une de ses questions le mettait mal à l’aise, sans qu’il sache pourquoi : «C’est pour offrir?», lançait-elle souriante, dans la fraîcheur de sa boutique colorée, elle qui avait toujours autour des mains de minuscules griffures d’épines, et les cheveux sensiblement détachés. En lui répondant par l’affirmative, ce jour-là, il comprenait maintenant que les fleurs n’était pas un plaisir égoïste, ou en tous cas qu’elles ne pouvaient le rester longtemps encore. La semaine suivante, encouragé par une infusion de menthe, il se résolut enfin à changer sa vie, et, après avoir empoigné un bouquet composé, l’avoir tendu à sa fleuriste, il lui dit que oui, que c’était bel et bien pour offrir, cette fois, et que ce bouquet, c’était pour elle, elle qu’il voyait chaque semaine depuis des mois, elle qui passait son temps au milieu des feuilles, des bulbes et au fond de tout ce qui faisait que leurs deux vies valaient finalement la peine d’être vécues, parce que cette beauté absolue qu’ils partageaient, c’était toujours la plus fragile, la plus éphémère, celle qui s’évapore si promptement et si délicatement, comme une goutte d’eau sur le bitume brûlant. Ils l’entretenirent alors autant qu’ils le purent, mais, chaque couple engendrant son malheureux et son ennuyé, le premier d’entre eux, terrorisé par la perte de l’autre, mit brusquement fin à ses jours en se tranchant les veines, à grands coups de ronces…

Voyage à Tlön

Il table sous le circulaire-transparent, amené par une légère-féminine. Constaté parmi les excédents-lumineux-ovales, il marche vite de voulu-désiré-nécessaire, les créatives-rationnelles dans la naturelle-chaotique-humaine. Vide rapporté, anecdotique. Il ignore les nombreux-différents-vivants, partagé entre volontaire-belle-illimitée, et actif-lucratif-monotone. Il journale et discussionne. Plusieurs cylindriques-goulottés dans l’ennui-volontaire des rapides-raillés. Ca parle dans tout idiomatique-divisé, de tout résumé-aléatoire. Passifs-tristes, agacés-cravatés, écervelées-suivantes. Equidés-électriques l’heurent. Souvent. Il voit un dansé-règlé de partants-calmés et d’arrivants-assoifés. Il vit, cet habité-temporaire. Même s’il existe seulement moins. Gravés-oubliés-défendus, important ou non, localisés-géographiques que de traversés-immédiats, la totale-animée voit l’abstrait-désigné, comme l’anonyme-transpercé des présents-aliénés divulgent le riche-enfoui des câbles-embrouillés.

Hommage

J’ignore la terre. Il arrive que je la regarde, que je l’approche, lorsque les plus hauts arbres qui la jonchent projettent leurs lourdes branches à ma portée. A ces instants, je saisis parfois le regard de créatures liées inéxorablement au sol, à la masse fossile et hétérogène qui reçoit une partie du monde. Ces spectateurs anonymes m’envient ou me méprisent, m’idolâtrent ou me haïssent. J’ignore la terre. Je la quitte et la rejoint, au gré des vents qui m’assistent. Mes voyages sont infinis et mes trajets imprévus. Mes destinations intolérables. Je survole les innombrables artéfacts tectoniques sculptant l’univers, aplanis par l’immense fluide dorée qui les recouvrent. Ils sont invisibles, mais je connais leur existence, mon instinct les désigne totalement. Je ne suis pas seul, et nous nous ressemblons. Les autres sont aussi solitaires. Notre dérive est aussi lancinante que nos vies. Comme nous avons oublié nos origines, nous oublions aujourd’hui les lieux où nous n’arrivons jamais. Notre histoire se répète, depuis son aurore, et se répètera jusqu’à son impitoyable épilogue. Nous aurons peuplé le ciel de nos ailes fabuleuses. Nous ignorons la terre.

Rosengarten

Des chemins de fer comme les lignes de mille mains, macroréseau métallique, témoin d’infinis migrations. Des histoires qui s’inventent, confusément, rythmées de vosbilletssilvousplait et de grincements d’aiguillage. Et au beau milieu de cet amas circonstanciel, les indicibles vibrations de ton coeur qui palpitent, se dédoublent parfois, tributaires directs d’une existence imposée quoiqu’opportune. Les voies s’alignent et disparaissent, au gré des pilônes qui se bousculent, pour ne plus laisser que celles qui t’emportent, dans l’ampérien murmure des câbles suspendus. Tes lectures résistent, au moyen de petites lampes oranges et cylindriques, aux longs passages effilés, à ces grottes transperçant l’Alpe, comprimant l’air et l’assombrissant. Eux aussi s’estompent, quand la plaine s’impose enfin à ton regard raisonnable et solitaire. Ces scènes anecdotiques se répètent, elles imprègnent mollement les décisions qui finissent par te caractériser, en quelque sorte, bien qu’elles ne soient extraordinaires qu’à mon entendement. Que me reste-t-il alors, sinon l’ahurissante absence de nos ambitions, sur ces rails d’amertume?

Sonnet pour J.S.

Aux recoins orageux des mesures,
Gisent de succulentes appogiatures,
Vestiges d’une indiscutable horizontalité.

Assourdies par leurs propres marteaux,
Les maîtresses défient les jougs tonaux,
Et détournent leurs insoucieuses réalités.

Soudain, elles ramènent l’impossible sujet,
Pour qui seul salut vient de la dominante,
Et, profitant de ces instants qui nous hântent,
Nous convient aux destins qu’elles forgeaient.

Les mouvements s’évaporent en un trait,
Largo, renaissent les amours enivrantes,
Resplendissent les pensées, flottantes,
A l’instar de leurs arpèges, demeurés secrets.

Nouvel Absolu

Là où surgirent les signes, certains disaient qu’ils les emporteraient, dans l’assourdissante éclosion qu’appréhendaient les hommes. Mais ni les scories imprécises de leurs mains, ni l’ardeur de leur langue ne leur permirent d’en réchapper. Sans délai, leurs propres mutilations s’infectèrent, et ils s’enfuirent tous, laissant alors la terre à ceux qui jamais n’envisageraient vouloir la posséder.

 

Parallèles

Les astres inventent l’image avant leur essence. J’approuverai le monde dans son insoluble totalité, et j’assimilerai, selon l’infinité de mes aptitudes extensives, l’élasticité temporelle de mes convictions. S’allongera alors, à l’ombre de soleils géants, l’empreinte légère d’animaux farouches et indomptables, que seul l’oiseau fascié pourra approcher. Dans un language disparu, il leur chantera: “Comme la Lune, nos heures s’éloignent ou se rapprochent, au gré de la dérive des roches qui nous abritent. Il nous appartient de respecter le règne de chacun, parce que nos solitudes nous unissent, parce que nos échecs et nos gloires ne seront toujours que relatifs. En nous délestant de mythes trop présents, nous échangerons notre sagesse au sommet de cieux anarchiques, et préserverons les singulières disputes indispensables à notre heureuse, à notre prochaine disparition.”

Dommages et antériorité

De haut, j’imaginais ces déchirures compassées,
L’anxiété de ces rapports infirmes, que je ne pus réprimer.
J’absorbai lourdement leurs épis parfumées,
Et la pluie indolente qui secoue parfois nos têtes.

L’âge seul aura la charge de dévoiler mon nom,
Lorsque l’ultime obstacle au véritable silence cédera.
Le forgeron consciencieux et la pieuvre maligne
Seront mes uniques alliés,
L’orchestre dialectique et ses musiciens timides
N’existeront que pour eux-mêmes.

Je ne connais que la gêne de celui qui n’aime plus
Face aux hypothèses estivales de celles qui les proposent,
Je me reconsidère malgré une propension insidieuse
A l’évidence de leurs mains irrésistibles.